Accueillir en formation des personnes qui ne voient pas, ou qui ne voient pas parfaitement, tout le monde est pour. En tout cas, ceux qui sont contre ne lèvent pas le doigt. Mais souvent, on se dit que ce sera possible plutôt demain, lorsque l’on sera vraiment prêt. Lorsque sera né l’outil miracle qui mettra tout au carré en appuyant sur « Entrée ». Et là, le « demain » risque de se transformer en « jamais ».
Pour casser cette spirale et passer à l’action, nous avons interviewé Matthias Chicaud, Directeur artistique pour l’agence de communication ls-a. Il nous partage ses pratiques et ses recherches pour la création de supports visant l’accessibilité pour le plus grand nombre.
Au sommaire de cet article :
Les 4 règles ci-dessous facilitent la lecture des personnes malvoyantes qui peuvent utiliser leur vision dans des conditions adaptées. Ces 4 principes permettent également l’utilisation des supports par des personnes utilisant des lecteurs d’écran et synthétiseurs vocaux.
Que ce soit pour se retrouver dans un document ou sur un site internet, une structure de plan irréprochable est nécessaire.


Il est souvent utilisé en présentiel pour être projeté et donc utilisé collectivement. Il peut être transmis, tout ou partie, aux participants pour un usage en toute autonomie. Dans ce cas, il est le plus souvent transformé au format PDF.
À savoir : le format PowerPoint dispose de fonctionnalités d’accessibilité, comme le texte de remplacement pour les images. Cependant, le contenu reste beaucoup moins accessible que dans un document Word lorsqu’il est utilisé de manière autonome.
Il est possible de préparer un document Word, plus facile d’accès, qui sera consulté par la personne pendant la session, en même temps que les slides sont projetées. Créer un document Word structuré avec un plan, sans mise en page « inutile », est peu coûteux en temps.
Il est parfois utilisé pour des documents de synthèse ou d’exercices. Le Word est cependant souvent transformé en PDF.
À savoir : le format Word est celui qui est le plus facilement lisible d’une part par lecteurs d’écran et synthétiseurs vocaux et d’autre part en utilisant la fonction Plan. Le plan doit bien utiliser les outils Titre 1 – Titre 2 – Titre 3, et non une simple mise en gras ou ajout de numéros. Le format Word permet à l’utilisateur d’agrandir les polices, de changer les couleurs ou encore d’adapter l’interlignage.
Parlons pour commencer du format PDF « simple » qui est généré en réalisant l’opération « Enregistrer un Word au format PDF ». Ce type de document est très peu ergonomique puisqu’il ne permet pas une navigation par le plan ni une adaptation de la taille des polices.
Le second type de PDF qui est créé avec Adobe (et non Acrobate Reader) dispose de fonctionnalités d’accessibilité très abouties. Il faut cependant compter une journée de travail pour un document de 20 pages lorsque c’est réalisé par une personne qui maîtrise bien l’outil.
Pour une première analyse de l’accessibilité de vos documents Word et PowerPoint, cliquez sur « Révision » puis « Vérifier l’accessibilité ». La liste des éléments à corriger apparaît. Vous verrez que l’effort à investir pour rendre un document Word plus accessible est tout à fait… accessible.
La construction d’un site internet repose sur des principes proches de la création ou de l’adaptation de supports. Nous présentons ces éléments de compréhension afin d’être sensibilisés lorsque vous développez ou confiez le développement informatique à des professionnels.
Des outils en ligne sont prêts à l’emploi pour suggérer des couleurs qui s’associent bien entre elles à l’écran, comme l’article de Stéphanie Walter le présente ci-dessous.
Des logiciels spécifiques permettent de visualiser la perception des couleurs par des personnes daltoniennes (Color Oracle, Stark ou Total Colorfilter).
Un site internet basé sur les principes de l’accessibilité ne coûte pas nécessairement plus cher. Certaines agences, c’est le cas pour l’agence ls-a, créent les sites internet en intégrant dès le départ ces règles. Le respect des principes fondamentaux d’accessibilité fait partie du cahier des charges.
Certains développements spécifiques comme la transcription des vidéos nécessitent cependant un temps de travail complémentaire.
Certains sites de formation proposent tous les contenus en format texte, audio et vidéo pour une accessibilité complète. Ce type de projet est un investissement supplémentaire.
Nous présentons ici des repères, cette fois un peu plus techniques, pour comprendre de quelle manière les sites internet peuvent devenir plus accessibles. On s’adresse ici aux équipes en mesure de développer un site internet ou de sous-traiter le développement.
La norme internationale WCAG 2.1 est un ensemble de recommandations destinées à améliorer l’accessibilité des sites web. Le référentiel français RGAA (Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité) est un moyen de vérifier le niveau d’accessibilité et le respect de la norme WCAG 2.1. La loi française impose aux sites internet des organisations publiques et aux entreprises privées réalisant un chiffre d’affaires de plus de 250 millions d’euros de respecter ce cadre juridique posé par une directive européenne.
Ces documents techniques de référence peuvent servir de base d’échange, par exemple avec une agence web. Ils comprennent des éléments sur l’accessibilité des fonctions au clavier et par souris, l’ordre d’apparition des contenus… mais aussi pour les sites avancés, notamment pour les institutions publiques, la version audio des contenus.
WAI-ARIA est une spécification écrite par une communauté internationale de professionnels pour rendre l’accessibilité du web plus facile à mettre en place. Le consortium W3C est indépendant et travaille avec différentes structures et organisations publiques et privées. La mise en pratique de WAI-ARIA se réalise dans le cadre du WCAG 2.1 ci-dessus.
Pour faciliter la lecture d’un site internet, chaque page doit avoir une balise Title différente ainsi qu’une structuration des titres et des sous-titres (H1, H2, H3…). Lorsque vous travaillez les pages de présentation de vos offres de formation, une attention portée à l’accessibilité des pages est bénéfique à votre référencement dans les moteurs de recherche. Il faut aussi se défaire de certains réflexes de référencement qui écrasent les principes de l’accessibilité.
La balise Title est un texte associé à chaque page. Il doit être rédigé pour décrire le contenu de la page (c’est comme un titre). Il y a souvent le nom de l’entreprise à la fin de la balise Title. En écrivant une balise Title qui décrit précisément le contenu de la page, vous facilitez le repérage par les outils de lecture vocale. Ce texte n’est pas visible lorsque l’on est sur la page, mais il l’est lorsque l’on survole les onglets avec sa souris. Ce texte « bulle » est lu par les outils de lecture vocale. La balise Title apparaît également dans les résultats de recherche de Google et favorise le référencement.
On appelle ainsi le titre de la page (H1), le sous-titre (H2) et le sous-sous-titre (H3). Cette structure est différente d’un texte mis en gras, car il contient un code spécifique. La structure facilite une navigation par tabulation, sans souris. Les robots des moteurs de recherche scannent également en premier les titres H1, H2, H3, avant le texte, ce qui participe également au référencement des pages.
L’attribut Alt est un texte qui décrit une image, autrement dit son « texte alternatif ». L’objectif de ce texte est d’être lu par les outils de transcription vocale si le contenu de l’image est nécessaire pour comprendre la page. S’il y a du texte dans l’image, c’est le lieu pour l’indiquer et l’expliciter si nécessaire.
Lorsque l’image est décorative, il est préférable de le laisser vide afin que l’image soit ignorée par les outils de lecture adaptée. Il est donc inconvenant d’essayer d’y caser un maximum de mots-clés.
Le FALC pour « Facile à lire et à comprendre » est un guide de bonnes pratiques pour être compris du plus grand nombre, et notamment en cas de :
Un premier niveau de simplification proposé par ce guide facilite la compréhension des supports, en cas de handicap visuel, mais en fait, pour tout le monde. Le texte est ainsi également plus facilement lisible des outils de lecture vocale.
Les autres conseils sont à retrouver dans le document FALC ci-dessous.
À ce jour, les outils de lecture vocale automatique détectent mal les formulations construites de la manière suivante en écriture inclusive : les participant.e.s. Il est préférable de doubler les termes : les participantes et les participants. L’écriture inclusive est un sujet à part entière (dont on reparlera).
Les hashtags sont également à utiliser avec parcimonie, tout comme les emojis. Les emojis sont en effet « traduits ». Le signe
est retranscrit en toutes lettres « heart ».
En conclusion, la transformation des supports de formation peut prendre au départ un peu de temps. Engager les opérations dès maintenant pour la création de ses prochains supports, c’est déjà du temps gagné et la satisfaction de participer, à son niveau, à l’accessibilité des formations.
Le bénéfice peut aller bien au-delà pour une formatrice ou un formateur qui s’y engage pleinement. Le fait de disposer de plans parfaitement structurés facilite d’une part les transformations des documents au fur et à mesure de leur usage. De plus, mettre en forme un contenu pédagogique de plusieurs façons (slide, texte, schéma…) facilite l’acquisition par des apprenants ayant des préférences d’apprentissage différentes. C’est un exercice également très utile pour transformer un parcours présentiel en en distanciel sur la base de ce découpage fin.
Autrement dit, c’est le bon moment pour s’y mettre.

Matthias Chicaud est Directeur artistique et graphiste pour l’agence de communication ls-a. L’accessibilité de tous les supports (graphisme, web, application…) à toutes les personnes est en engagement sans faille de sa part, une façon de penser autrement la création et la communication : « Un projet est réussi s’il fonctionne, s’il est joli et s’il est accessible ».
Il intervient en entreprise pour former les professionnels à l’ergonomie, à l’accessibilité et au design pour le web. Pour l’école Ynov, spécialisée dans les métiers numériques, il assure des enseignements sur les sujets de communication visuelle, démarche créative, nouveaux formats (Motion Design) et Suite Adobe (Photoshop, Illustrator, InDesign).
L’agence ls-a construit la communication d’une entreprise sous toutes ses facettes : univers graphique, photo, vidéo, site web, référencement, réseaux sociaux, campagnes d’e-mail, événements…
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